De la collégiale Saint-Germain, il reste l’emplacement occupé par le square éponyme. Quelques œuvres issues du bâtiment disparu ont été intégrées à la collégiale Sainte-Waudru au début du XIXe siècle : les stalles, la chaire de vérité, le buste de saint Donat et celui de saint Hilaire, un reliquaire de saint Germain du XVe siècle, de précieux calices, plusieurs sculptures, des antiphonaires des XVIe et XVIIIe siècle, … Il reste aussi d’anciennes dalles funéraires de chanoines inhumés en Sainte-Waudru. Le chœur de l’église de Messines conserve également des grandes statues qui étaient avant 1799 dans la collégiale Saint-Germain.

Du temps du chapitre de Saint-Germain, le 28 mai était un jour solennisé en la paroisse pour marquer la fête du patron de la collégiale : saint Germain. La paroisse Sainte-Waudru n’a pas repris la tradition de la fête de saint Germain, ce qui aurait été un beau clin d’œil au chapitre dont les membres desservaient les offices pour les chanoinesses.

Mais le chapitre, c’était surtout quatorze chanoines dont le doyen était aussi, de droit, le curé de Sainte-Waudru.

En 1799, démolition de Saint-Germain et de la tour de briques – Gravure du XIXe

Ainsi, dans le Calendrier du Hainaut pour 1794 figure la liste des quatorze derniers chanoines de Saint-Germain. Ils ne résidaient pas dans un espace commun mais disposaient tous d’une maison. Il y avait 14 prébendes de chanoines de Saint-Germain et elles étaient toutes attribuées en 1794. Dans la liste qui suit, les noms notés en gras sont ceux des chanoines de Saint-Germain que Léopold Devillers, dans son ouvrage L’ancienne église collégiale et paroissiale de Saint-Germain à Mons (Mons, 1861, p. 97), présente comme étant « demeurés en cette ville [Mons] » lors des troubles liés à l’invasion des troupes françaises.

  • « M. Croquet, Doyen de Saint-Germain et curé de Ste. Waudru, rue de Sars.
  • Decloos, rue de cinq Visages.
  • Everaerts, rue N. D. Débonnaire.
  • Gaillez, rue de la Poterie.
  • Allard, rue N. D. Débonnaire.
  • Cardinal, rue de la Poterie.
  • Eloy, Ecolâtre, rue du Mont-de-Piété.
  • Remy, rue de cinq Visages.
  • Descamps, rue de la grosse-Pomme.
  • Delobel, rue de la Biche.
  • Gigault, rue d’Havré.
  • Wilmet, Vice-Prévôt, Tour-Auberon.
  • Depaire, rue de Sars.
  • Pomereul, rue de la Poterie. »

Il est intéressant de remarquer que la localisation des chanoines en ville leur permettait certainement d’être au courant de ce qui se passait sur le domaine paroissial. Deux au moins s’étaient « expatriés » sur les paroisses de Sainte-Elisabeth et/ou de Saint-Nicolas.

Le square Saint-Germain le 6 juin 2022

Les troupes françaises à la fin du XVIIIe siècle mettront fin aux chapitres de Sainte-Waudru et de Saint-Germain. La collégiale Saint-Germain sera démolie en 1799 et celle de Sainte-Waudru sera sauvée grâce à Germain Hallez. Les chanoinesses s’exileront et seule Mme de Spangen reviendra s’installer à Mons après le concordat. De leur côté, les chanoines de Saint-Germain continueront à Mons un service paroissial au profit des habitants de la ville jusqu’à la mise en œuvre des nouvelles paroisses par Mgr Hirn en 1803.

Mais quand et où les quatorze derniers chanoines de Saint-Germain ont-ils achevé leur vie ? Reprenons la liste du Calendrier du Hainaut pour 1794 et tentons de répondre à la question !

–          « M. Croquet, Doyen de Saint-Germain et curé de Ste. Waudru, rue de Sars.

Pierre Louis Joseph Croquet, baptisé à Mons le 25 septembre 1735 (Saint-Nicolas-en-Havré), est décédé à Mons le 9 janvier 1796. Son acte de décès le présente comme : « prêtre, Doyen du chapitre de St Germain et Curé de la paroisse de Ste Waudru, …. âgé de soixante ans et natif de cette ville ». C’est le chanoine de Saint-Germain, François Joseph Gaillez qui célèbre ses funérailles en la collégiale Sainte-Waudru.

–          M. Decloos, rue de cinq Visages.

Nicolas Joseph Decloos, [un Nicolas Joseph Cloos est baptisé à Liège le 26 mai 1711 (Saint Nicolas-en-Outremeuse), ce qui peut correspondre avec l’année estimée de sa naissance en fonction des mentions de l’acte de décès et en tenant compte de l’orthographe du nom mal retranscrite, mais est-ce bien du futur chanoine de Saint-Germain qu’il s’agit ?], est décédé à Mons le 22 août 1798 en sa maison rue des cinq visages. Son acte de décès le présente comme « ex chanoine du ci devant chapitre de Saint-Germain, natif de Liège, âgé de quatre-vingt-sept ans ».

–          M. Everaerts, rue N. D. Débonnaire.

Jean Everaerts, [né vers 1725 mais où ?], est décédé à Mons le 15 novembre 1796 en sa maison de la rue Notre-Dame Débonnaire. Son acte de décès le présente comme « chanoine de Saint-Germain – âgé de septante et un ans, domicilié en cette commune section du Rivage rue Notre-Dame Débonnaire ». Un des deux témoins lors de la rédaction de l’acte de décès était Jacques Antoine Depaire (écrit « Depert » dans l’acte), « chanoine de Saint-Germain âgé de quarante-sept ans domicilié … rue de Sars ».

–          M. Gaillez, rue de la Poterie.

François-Joseph Gaillez, né et baptisé à Mons le 18 octobre 1733 (Saint-Germain), est décédé à Baudour le 23 janvier 1809 en son domicile à la cure de Baudour. Son acte de décès le présente comme : « âgé de septante-six ans, curé du dit Baudour, né à Mons ».

–          M. Allard, rue N. D. Débonnaire.

Joseph Nicolas Hallard (d’après l’orthographe de l’acte de décès – mais Halard sur l’acte de baptême et Allard sur l’acte de décès de son père), baptisé à Mons le 1 juin 1734 (Saint-Nicolas-en-Bertaimont), est décédé à Mons le 8 décembre 1820 en sa maison de la rue Notre-Dame Débonnaire. Son acte de décès le présente comme : « âgé de quatre-vingt-sept ans, prêtre, né en cette ville ».

–          M. Cardinal, rue de la Poterie.

Jean Mathieu Cardinal, baptisé à Mons le 27 décembre 1728 (Saint-Nicolas-en-Havré), est décédé à Mons le 20 novembre 1813 en sa maison de la rue de la Poterie. Son acte de décès le présente comme : « âgé de de quatre-vingt-quatre ans onze mois, né en cette ville, ex chanoine du Chapitre supprimé de Saint-Germain de cette ville ».

 

–          M. Eloy, Ecolâtre, rue du Mont-de-Piété.

Nicolas Alexandre Joseph Eloy, né et baptisé à Mons le 19 mai 1753 (Saint-Germain), est décédé à Mons le 12 juin 1816 en sa maison de la « rue Grande ». Son acte de décès le présente comme : « âgé de soixante-trois ans, prêtre né en cette ville ».

–          M. Remy, rue de cinq Visages.

Jacques Joseph Remy, né et baptisé à Sirault le 28 avril 1745 (Saint-Amand), est décédé à Mons le 14 octobre 1810 en sa maison de la rue de la Poterie. Son acte de décès le présente comme : « âgé de soixante-cinq ans, prêtre et ex chanoine du chapitre supprimé de Saint-Germain de cette ville, né en ladite commune de Sirault ».

–          M. Descamps, rue de la grosse-Pomme.

Donat Joseph Descamps, né et baptisé à Bury (Péruwelz) le 17 mars 1743 (Saint Amand), est décédé à Mons le 3 janvier 1832 en sa maison de la rue de Bertaimont. Son acte de décès le présente comme : « âgé de quatre-vingt-neuf ans, Prêtre, ancien chanoine du Chapitre de Saint-Germain à Mons, né à Bury ».

–          M. Delobel, rue de la Biche.

Louis Charles Albert Joseph Delobel, né et baptisé à Mons le 7 août 1746 (Saint-Germain), est décédé à Mons le 1er mai 1813 en sa maison de la rue de Naast. Son acte de décès le présente comme « âgé de soixante-six ans, prêtre, né en cette ville ».

–          M. Gigault, rue d’Havré.

Philippe Charles Joseph Gigault, né à Mons le 18 février 1749 et y baptisé le 19 (Saint-Germain), est décédé à Mons le 23 mars 1817 en sa maison de la rue de la Chaussée. Son acte de décès le présente comme : « âgé de soixante-huit ans, prêtre licencié es droit, ancien chanoine du chapitre supprimé de Saint-Germain, né en cette ville ».

–          M. Wilmet, Vice-Prévôt, Tour-Auberon.

François Joseph Wilmet, né et baptisé à Mons le 28 septembre 1735 (Saint-Germain), est décédé à Mons le 2 mars 1819 en sa maison de la rue Tour Auberon, n°10. Son acte de décès le présente comme : « prêtre et ex chanoine du chapitre supprimé de cette ville, né en cette ville, âgé de quatre-vingt-quatre ans ».

–          M. Depaire, rue de Sars.

Jacques Antoine Depaire, né et baptisé à Namur le 4 février 1749 (Saint-Michel), est décédé à Mons le 20 septembre 1823 en sa maison de la rue des Gades, n°18. Son acte de décès le présente comme : « âgé de soixante-quatorze ans, né en la ville de Namur, ex chanoine du Chapitre de Saint-Germain de cette ville ».

–          M. Pomereul, rue de la Poterie.

Gabriel Joseph Pomereul, né et baptisé à Mons le 29 août 1738 (Saint-Germain), est décédé à Mons le 17 avril 1810 en sa maison de la rue de la Poterie. Son acte de décès le présente comme : « âgé de soixante-douze ans, prêtre né en cette ville ». Il fut promu à un canonicat de Saint-Germain en 1793 et fut donc probablement le dernier chanoine de Saint-Germain installé.

La collégiale Saint-Germain colorisée sur une gravure du XIXe

Neuf des derniers chanoines sont nés à Mons. Six sont baptisées en la collégiale Saint-Germain ; deux à Saint-Nicolas-en-Havré, un à Saint-Nicolas-en-Bertaimont ; quatre ne sont pas nés à Mons (Liège, Sirault, Bury et Namur). Le lieu de naissance et de baptême du chanoine Everaerts reste, pour le moment, inconnu.

Sept des quatorze chanoines sont décédés dans la maison qu’ils occupaient déjà avant l’invasion française. Cinq déménagent probablement au début du XIXe siècle mais s’installent sur le territoire de la paroisse Sainte-Waudru. Un chanoine s’établit sur la paroisse de Messines. Un chanoine quitte Mons pour s’installer à Baudour où il devient curé. Treize des quatorze derniers chanoines de Saint-Germain sont ainsi décédés à Mons. Neuf actes de décès sur les quatorze font mention de la qualité de chanoine de Saint-Germain dont disposaient les défunts.

Sceau de l’église collégiale de Saint-Germain, à Mons

Après le Concordat, la majorité des chanoines restés à Mons se rendra utile auprès de congrégations religieuses ou auprès de la paroisse Sainte-Waudru (souvent dans le rôle de confesseur).

A la mort du chanoine Descamps, le 3 janvier 1832, c’est donc la mémoire directe du chapitre de Saint-Germain qui disparaissait. En effet, plus personne ne pouvait dire « J’étais chanoine de Saint-Germain ». Il ne reste désormais du chapitre de Saint-Germain que des traces écrites (inclus les dalles funéraires), des œuvres d’art, des travaux d’historiens.

La mémoire « vive » du chapitre voisin a duré un peu plus longtemps, En effet c’est « seulement » le 27 mars 1866 que meurt, à Liège, Mme Marie Ange Florimonde d’Argenteau, l’ultime chanoinesse à survivre au chapitre de Sainte-Waudru

Benoît Van Caenegem 

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru et de son Trésor