Homélie de l’Abbé Jean-Pierre Lorette – messe précédant la descente de châsse


Si l’on faisait un sondage en rue avec la question : « pouvez-vous me décrire Dieu ? », je crois que beaucoup de personnes répondraient que Dieu ne peut être qu’un être supérieur aux humains, qui sait tout et qui peut tout… Beaucoup ajouteraient sans doute que, puisque Dieu est supérieur et qu’il sait tout, mais que par contre nous ne le voyons pas très actif devant la souffrance du monde et des humains, il est franchement difficile de croire qu’il existe ! Au risque de vous choquer, je suis tenté de leur donner raison !
En effet, imaginer Dieu d’abord comme un être omniscient et omnipotent, c’est en faire un être certes supérieur mais assez terrifiant ! Je pense au portrait caricatural d’un tel dieu présenté dans le film de Jaco Van Dormael et intitulé le « Tout nouveau testament », où Dieu, dont le rôle est tenu par Benoît Poelvoorde, passe son temps sur son ordinateur géant à  programmer celles et ceux qu’il va faire mourir chaque jour, où à qui il va envoyer un  malheur. Heureusement, la fille de Dieu, qui ne supporte pas son père, va, avec l’aide d’un certain Jésus, enrayer l’ordinateur paternel et avertir les humains inscrits sur la liste noire du lendemain…

Dix ans après ce film sans prétention, le pape Léon XIV alerte nos consciences devant l’intelligence artificielle, qui de jour en jour devient davantage omnisciente et omnipotente. Bravo tant qu’elle demeure un outil technique et maîtrisé, au service de la vie commune des
humains ; mais attention à son pouvoir de séduction et à la tentation de la laisser diriger nos vies, comme si elle devenait un nouveau dieu ! Il faut dès la « désarmer », dit le pape, la « libérer des mécanismes qui en font un instrument de domination, d’exclusion ou de possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, la responsabilité ».
Revenir sans cesse à la Bible peut nous aider –même à l’intérieur du christianisme ! – à démasquer les discours faciles et dangereux sur Dieu, qui risquent d’en faire soit un être indifférent, soit un être prenant plaisir à écraser sa créature… Lorsque nous voyons un crucifix, nous devons toujours nous laisser interpeller : quel message cela entend-il nous dire ?

La Bible, ouvrons-la, comme nous venons de le faire à l’instant… Dans le livre de l’Exode, après que Dieu ait donné à Moïse les tables de la Loi (les 10 commandements), il se révèle à lui en se présentant en ces termes : « Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». A ces mots, Moïse s’incline et se prosterne –oui !-, mais il ose dire : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage ». On sent que, de part et d’autre, ce qu’on cherche c’est la vie et l’amitié, c’est vivre dans une alliance tissée de confiance mutuelle…

Quant à l’évangile de ce jour, il nous livre des mots mis sur les lèvres de Jésus alors qu’un notable religieux juif (Nicodème) vient le trouver de nuit, pour une discussion sincère et à l’abri des regards… Jésus lui dit : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils
unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Voilà la véritable clé de lecture des crucifix de nos églises ! Et Jésus de
poursuivre en laissant entendre que c’est l’être humain lui-même qui –par sa prise de position à l’égard de Jésus- ou bien échappe à une image de Dieu d’abord juge pour s’ouvrir plutôt à une révélation d’amour ; ou bien s’y enferme, mais pour son propre malheur. Pour ceux qui
connaissent, toute notre liberté se résume dans le dialogue que l’évangile nous décrit entre Jésus et les 2 larrons, crucifiés comme lui à sa droite et à sa gauche… Allez lire lire la Passion selon St-Luc…

De tout ceci, il ressort assez nettement que le Dieu de la Bible et qui est proposé par la foi chrétienne échappe à nos raisonnements trop rapides et qui soit-disant rationnels. L’intelligence de ce Dieu-là et sa puissance sont d’abord une intelligence et une puissance du cœur, de la bienveillance, de la relation, du pardon, de la guérison. Dieu veut pour nous la Vie dans un amour qui soit partagé. En affirmant qu’il est Trinité, 3 personnes qui dialoguent et s’offrent l’une à l’autre, mais tout cela en un seul Dieu, et bien le christianisme le plus
authentique offre un puissant antidote à toutes les réductions d’image, à toutes les caricatures et récupérations de Dieu que l’on risque toujours de se construire spontanément, en ne comptant somme toute que sur soi.

Doit-on s’étonner que les disciples de Jésus qui ont marqué notre histoire et dont le souvenir est resté vivace, aient fait preuve, eux aussi, de cette intelligence et de cette puissance du  cœur ? Les miracles attribués à Ste Waudru, qui seront lus demain lors de la procession du car
d’or, ne racontent pas autre chose… A chaque fois, madame sainte Waudru est intervenue en faveur d’hommes, de femmes, d’enfants qui étaient dans l’épreuve…

Chers amis, si le Dieu de la foi chrétienne -le Dieu sous le regard duquel Waudru a cherché à conduire sa vie- se définit d’abord par son désir de bienveillance et de communion fraternelle, il ne faut pas craindre de l’inviter (Dieu) à être lui aussi acteur de notre Ducasse dans tout ce
qu’elle réveille en nous de meilleur. Il ne faut pas craindre d’inviter Dieu comme acteur –avec nous- de nos combats tout au long de l’année ! Qu’à l’égard de tous et en toute chose, le Dieu de Jésus-Christ et que Waudru a écouté et suivi, soit le moteur invisible mais puissant, qu’il
soit l’intelligence profonde de ce que nous sommes appelés à être… L’apôtre Paul ne nous disait-il pas : « soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns

les autres par un baiser de paix. Et que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit-Saint soient toujours avec vous ».

Abbé Jean-Pierre Lorette