Le buste-reliquaire de saint Hilaire en procession avec la croix archiépiscopale du XVIIe (cuivre doré et argent) © Vincent Rousseau

Le 13 janvier, l’Eglise célèbre saint Hilaire, évêque de Poitiers. Il est né au début du IVe (vers 310) à Poitiers, baptisé en 345, élu évêque de Poitiers vers 353-354, exilé en Phrygie (Turquie) en 356, de retour à Poitiers vers 360-361, mort en 367. Il laisse de nombreux écrits, notamment un Commentaire de l’Evangile de Matthieu et le De Trinitate. En 1851, il est proclamé Docteur de l’Eglise par le pape Pie IX.[1]

Le buste-reliquaire de saint Hilaire restauré. On y voit encore la croix (bois doré et argenté) volée après 2015. © Vincent Rousseau

Une chapelle de la collégiale fut durant l’Ancien Régime le siège d’une confrérie dédiée à ce saint qui mettait en évidence le culte de la sainte Trinité. Dans cette chapelle toujours dédiée à l’évêque de Poitiers se trouve le buste reliquaire[2] du saint réalisé à l’extrême fin du XVIIIe en remplacement de celui de 1672 (en argent rehaussé d’émeraudes sur la mitre[3]) emporté et détruit par les troupes françaises en 1793. La confrérie de Saint-Hilaire réagira rapidement à cette perte lors de son assemblée du 19 janvier 1794 : « A la susdite assemblée ayant été représenté de faire un buste de St Hilaire en bois pour remplacer celui d’argent qui a été pris l’année précédente ayant été résolu de charger le grand Maître et Assesseurs jointement le Receveur pour faire choix d’un ouvrier le tout au moindre prix possible »[4]. Le reliquaire alors réalisé est toujours celui que nous connaissons dans la chapelle dédiée au saint et qui participe chaque année à la procession de la Trinité. Le saint, barbu et moustachu, est revêtu d’un surplis et d’une chape (dont le fermail ovale correspond à l’endroit où est enchâssée la relique[5]). Il est coiffé d’une mitre. A son cou pend une croix épiscopale dorée. De la main gauche, il tient une croix archiépiscopale (à double traverse) aux extrémités trilobées tandis que de la droite, il tient un livre ouvert[6]. Le buste est fixé sur une base octogonale allongée (peinte en noir) munie de poignées sur les côtés latéraux, de feuillages dorés retombant sur les quatre côtés obliques et sur les faces avant et arrière d’un cartouche doré où figure, en lettres capitales noires sur fond bordeaux, l’inscription « ST HILAIRE P.P.N. ».

En 1807, le buste en bois était argenté (probablement selon le souhait de ceux qui avaient connu le buste du XVIIe) ; puis il fut entièrement doré à l’or fin en 1842[7] ; et à une date indéterminée (mais sans doute après 1928[8], voire même après 1942 selon la photo N/B en ligne sur le site de l’IRPA), il fut peint tel qu’il est maintenant. La chape et le chaperon bordeaux sont bordés de galons et de franges dorés. Le surplis, très bien plissé, est blanc. La mitre, dont l’avant est orné d’entrelacs végétaux et l’arrière d’une couronne de feuillage, est dorée à l’extérieur et bordeaux à l’intérieur. Les deux fanons dorés, terminés en franges, retombent dans le dos du saint. Lorsqu’il est exposé pendant l’année dans sa chapelle de la collégiale Sainte-Waudru, le saint tenait une croix archiépiscopale en bois doré (XXe siècle dont la polychromie est refaite en 2013). Cette croix a malheureusement disparu après 2015 mais il est toujours possible de parer le buste-reliquaire de la croix en cuivre doré et argent du XVIIe siècle pour la procession du Car d’Or (croix habituellement conservée au Trésor de la Collégiale).

Reliquaire de saint Hilaire : statuette en argent du XVIIe conservée au Trésor de la collégiale

Une statuette (XVIIe) du saint est présentée au Trésor de la collégiale : elle est en argent sur une base de bois peint en noir (hauteur totale : 35 cm). Le saint y est présenté en évêque, mitré, en soutane, surplis et chape. Il tient de la main droite une crosse surmontée d’une croix archiépiscopale. De la main gauche, il tient un médaillon ovale (vitré et avec des boutons sur la tranche) dans lequel un fragment d’os est fixé sur un tissu de soie rouge bordé de franges. Une inscription (encre rouge sur papier blanc) identifie la relique : ST. Hilaire Prie Pour Nous. Selon Lucy Tondreau (catalogue inédit des œuvres conservées au Trésor de la collégiale), le reliquaire fut donné à la Fabrique de Sainte-Waudru par la confrérie en 1864.

Quant au saint, il est encore visible dans le vitrail de sa chapelle. Trois scènes de sa vie sont ainsi représentées[9].

  • Dans la partie supérieure, on peut voir saint Hilaire assistant à la construction d’un monastère.
  • Dans la partie centrale de la verrière, la scène évoque le retour d’exil de saint Hilaire. En compagnie de saint Martin, il est accueilli par les autorités de la ville de Poitiers, sa ville natale.
  • Enfin, dans la partie inférieure, c’est probablement en tant que Docteur de l’église que saint Hilaire est représenté. On l’y voit en effet en train de rédiger, ce qui est une part essentiel de son travail, son traité intitulé De Trinitate.

Saint Hilaire n’est pas le saint le plus représenté dans la collégiale. Il est pourtant et probablement le seul qui, tant que la confrérie portant son nom existait, participait à la procession annuelle dite du Car d’Or dans l’optique de rendre prioritairement hommage à la Trinité. La Trinité avait pourtant été invoquée lors de l’épidémie de peste du XIVe par les Montois ! Mais avec le temps, ils ont dédié le jour de la Trinité à leur patronne Waudru en oubliant presque la fête principale du jour. Mais la Trinité peut toujours compter sur les homélies de la messe qui précède la cérémonie de descente de la châsse ou de celle qui précède la sortie du Car d’Or pour ne pas être l’oubliée du week-end du Doudou !

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru et de son Trésor

 

[1] Voir le texte de Benoît XVI consacré à saint Hilaire de Poitiers lors de l’audience générale du mercredi 10 octobre 2007 :

https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20071010.html

[2] La relique volée en 1999 a été remplacée le 30 octobre 2013 par une relique du saint qui était conservée dans une châsse de cuivre du début du XXe siècle, créée pour sécuriser de nombreuses reliques.

[3] Voir L. DEVILLERS, L’ancienne église collégiale et paroissiale de Saint-Germain à Mons, Mons, 1861, p. 80

[4] Archives de l’État à Mons, Fabrique de Sainte-Waudru, registre de la Confrérie de Saint-Hilaire (1713-1876), N° 299 (A.É.M. FSW, 299), f°49 v°.

[5] La relique est emballée dans un papier scellé sur lequel figure une inscription à l’encre noire : « St Hilaire (débris et poussière d’os) NB : il y a une deuxième inscription probablement fausse ».

[6] Lors de la restauration de 2013 par M. Philippe Mottoul, ébéniste montois, les doigts manquants ont été refaits, le livre, longtemps conservé en la sacristie, a été replacé et le médaillon vitré abritant la relique a été entièrement refait.

[7] « D’après nouvelle convocation du 25 avril 1842, a été résolu de faire dorer de nouveau le buste de St Hilaire, en conséquence la préférence a été accordée au Sr Colle, peintre pour le prix de trente francs à condition de la dorer à l’or fin ». A.É.M. FSW, 299, f°77 r°.

[8] En 1928, E.-J. SOIL DE MORIALME, écrit « Buste de Saint Hilaire, évêque, bois doré ».

[9] Une analyse complète du vitrail se trouvera dans le remarquable travail consacré à la vitrerie néogothique de la collégiale et réalisé par Noël Spitaels. En espérant une publication rapide.