Dans la famille de Croix d’Heuchin … chanoinesses et prévôts.

Gravure collégiale façade nord XVIIIe

Entre 1725 et 1738, Alexandre Maximilien François de Croix marquis d’Heuchin (baptisé à Lille, 17 juin 1692 – Frelinghien[1], 1er février 1776) et Isabelle Claire Eugénie de Houchin Longastre (?, vers 1702 – Frelinghien, 9 décembre 1778) ont eu au moins 11 enfants :

      • Alexandre Louis François, baptisé à Lille le 21 janvier 1725.
      • Philippe Charles François, baptisé à Frelinghien le 18 décembre 1726.
      • Louise Isabelle Florence, baptisée à Frelinghien le 16 février 1728.
      • Baltazar François, baptisé à Frelinghien le 19 mai 1729.
      • Les jumeaux Eugène Ernest et Théodore François, baptisés à Frelinghien le 2 juillet 1730.
      • Hermenégilde Florent Louis, baptisé à Frelinghien le 26 novembre 1731.
      • Ferdinande Charlotte, baptisée à Frelinghien le 7 janvier 1733.
      • Maximilien Ghislain Omer, baptisé à Frelinghien le 3 mai 1734.
      • Amélie Isabelle Albérique, baptisée à Frelinghien le 1er octobre 1737.
      • Gorgonie Désirée, baptisée à Frelinghien le 8 décembre 1738[2].

Pourvues respectivement d’une prébende de Sainte-Waudru le 11 octobre 1728 et le 28 mars 1750 (en lieu et place de celle accordée par Louis XV le 1er février 1748), Louise Isabelle Florence et Ferdinande Charlotte de Croix d’Heuchin furent les dernières première et deuxième aînées du Chapitre lors de sa suppression en 1794. Louise mourut rapidement tandis que Ferdinande, qui resta célibataire, acheva ses jours à Bruxelles le 18 ventôse an XI (9 mars 1803), présentée « ci devant chanoinesse » dans son acte de décès.

Ces deux sœurs, chanoinesses de Sainte-Waudru, ne furent pas les seules à entrer en chapitre. La plus jeune des filles de la famille de Croix, Amélie, devint ainsi chanoinesse.

Comme sa marraine, elle entra au chapitre de Denain. Elle était née à Frelinghien le 30 septembre 1737 et y avait été baptisée les 1er et 15 octobre 1737 (ondoiement et baptême) :

« Le 1 d’octobre 1737 fut baptisée Amélie Isabelle Albérique née le 30 de septembre, les cérémonies du St baptême supplées le 15 d’octobre, fille légitime de messire Alexandre Maximilien François de Croix marquis d’Heuchin et de Dame Isabelle Claire Eugène de Houchin marquise d’Heuchin, le parrain messire Albericq Adrien François Joseph du Chatel Comte de Petrieu la marraine Dlle Eleonore Joseph Amélie de Houchin sa tante chanoinesse de Denain lesquels ont signé

(sé)                                                   de Croix ms. d’Heuchin[3]

                                                         du Chastel de Petrieu

                                                         de Houchin

                1. Cailliez Curé »[4].

Calendrier du Hainaut de 1794 avec la mention de l’avant-dernier prévôt des églises de Mons

Elle fut donc admise chanoinesse de Denain mais quitta rapidement le chapitre pour se marier.

En premières noces, elle épousa Louis Benoît François Ghislain de Cassina, comte de Womshein, le 15 octobre 1770 à Frelinghien. Dans l’acte de mariage, elle est présentée « cy devant chanoinesse du très noble et illustre chapitre de Denain, âgée de vingt-neuf ans ou environ »[5]. Son mari, né en 1739, meurt vers le 22 juin 1771, selon ce qui est repris dans l’index alphabétique des actes de sépultures et décès de la paroisse Saint-Macaire de Nederboelare (Geraardsbergen / Grammont)[6].

Veuve, elle se remaria en la chapelle du château de Moulle (Pas-de-Calais), le 17 octobre 1781 avec Alexis Bon Henry comte de Lannoy. Son frère Maximilien Ghislain Omer de Croix, dont il sera question plus loin, fut l’un des témoins du mariage[7].

Et c’est à Bruxelles, comme sa sœur Charlotte et son frère Hermenégilde, qu’elle achève ses jours le 13 mars 1807.

« Mairie de Bruxelles, premier arrondissement et chef-lieu du département de la Dyle.

Du seizième jour du mois de mars l’an dix-huit cent sept.

Acte de décès de Amélie Isabelle Alberic De Croix, propriétaire décédée le treize de ce mois à cinq heures du matin âgée de soixante-neuf ans et demi née à Frelinghien Département du nord demeurant rue des aveugles 1er S. n° 1086. Epouse en premières noces de Louis de Cassina de Womshein et en secondes noces de feu Alexis Bon Henry De Lannoy De Beau repaire, propriétaire, fille des feus Alexandre Maximilien François de Croix d’Heuchin et d’Isabelle Claire Eugénie de Houchin, conjoints.

Sur la déclaration de Jean Baptiste Joseph Bastin, âgé de trente ans notaire impérial rue des Alexiens et Lambert Joseph Bastin, âgé de vingt-deux ans, commis de notaire, même demeure, qui ont signé.

Constaté par moi Louis Devos Officier de l’Etat-civil, représentant le Maire de cette ville de Bruxelles, soussigné duquel acte il a été donné lecture.

(sé) Bastin    L. Bastin                                    Louis Devos

                                                                                 maire ».

Maximilien Ghislain Omer, né à Frelinghien le 3 mai 1734 occupa les fonctions de prévôt des églises de Mons de 1779 (lettres de l’impératrice Marie-Thérèse le 17 décembre – mise en possession de la prévôté et des prébendes y attachées le 22 janvier 1780) à son décès le 21 janvier 1794 :

« Le vingt-deux [janvier 1794] à trois heures après midi fut enterré au cimetière de cette église situé à Nimy messire Maximilien Ghislain Omer Decroix Sgr de Petrieux Robert Masure etc. : natif du château des prévôtés près de Lille en Flandre, prêtre et chanoine de l’église métropolitaine de Cambrai vicaire général du diocèse, ancien archidiacre du Hainaut, prévôt des églises de cette ville, décédé la veille à six heures du matin âgé de soixante ans »[8].

Quant à Hermenégilde de Croix d’Heuchin, il fut baptisé à Frelinghien le 26 novembre 1731.

En 1794, il fut désigné prévôt des églises de Mons (lettres de l’empereur François le 4 juillet 1794), à la suite de son frère Maximilien, mais probablement sans pouvoir prendre possession de la charge vu la suppression des chapitres montois.

« 4 juillet 1794, à Vienne. – Lettres de François, empereur des Romains, etc., conférant à Hermenégilde-Florent-Louis de Croix, prêtre, archidiacre du Hainaut, les prévôtés des églises de Sainte-Waudru et de Saint-Germain et les prébendes y annexées, vacantes par le décès de Maximilien-Ghislain-Omer de Croix »[9].

Après la révolution, il s’établit à Bruxelles où il acheva ses jours le 19 octobre 1803 :

« Du vingt-sixième jour du mois de Vendémiaire l’an douze de la République française  Acte de décès de Hermenégilde Florent Louis de Croix d’Heuchin Prêtre décédé le vingt-cinq de ce mois à huit heures du matin âgé de soixante douze ans, né à Frelinghien Département du Nord demeurant rue des Aveugles 1re Section N° 1086, fils des feus Alexandre Maximilien François de Croix d’Heuchin et d’Isabelle Eugénie Houchin Longastre.

Sur déclaration de François Lotteau âgé de quarante six ans homme de confiance et Jean François Manche [ ?] maçon âgé de soixante trois ans voisins le premier a signé le second a déclaré ne savoir écrire.

Constaté par moi Henri Joseph Van Langhenhoven Maire de Bruxelles, faisant les fonctions d’officier public de l’Etat-civil, soussigné.

(sé) François Lotteau                  H J Van Langhenhoven »[10].

Gravure collégiale façade nord XVIIIe

Quatre enfants d’Alexandre de Croix et d’Isabelle de Houchin Longastre ont donc occupé d’importantes fonctions à Mons au XVIIIe siècle : deux chanoinesses de Sainte-Waudru et deux prêtres chargés de la prévôté des églises de Mons[11].

Enfin, pour terminer sur une note liée plus directement au chapitre de Sainte-Waudru, il faut dire que les deux sœurs de Croix, Isabelle et Ferdinande, pouvaient chacune prétendre au « titre » de première aînée. Seule Isabelle de Croix eut cet « honneur ». En effet, lorsque Charlotte était dans les conditions pour l’être (donc à la mort de sa sœur), cela n’avait plus aucune espèce d’importance. En effet, le chapitre de Sainte-Waudru n’existait plus. Mais, les ex-chanoinesses, elles, avant de les offrir, en 1803, à la paroisse érigée dans leur collégiale, continuaient cependant, malgré la suppression du Chapitre, à veiller scrupuleusement sur les reliques de leur patronne, sainte Waudru.

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru et de son Trésor

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[1] Commune française ; Région : Hauts-de-France ; Département : Nord ; Arrondissement : Lille.

[2]En rouge gras, les chanoinesses de Sainte-Waudru ; en noir gras, les prévôts des églises de Mons ; en bleu gras, la chanoinesse de Denain.

– Alexandre Louis François est décédé à Bruxelles le 3 floréal an XI (23 avril 1803) veuf de Marie Anne Françoise de Groesbeeck.

– Philippe Charles François serait mort à Zamora (Espagne ; Communauté autonome : Castille-et-León) en 1775.

– Louise Isabelle Florence serait décédée vers 1795 ?

– Baltazar François est décédé à Armentières le 14 septembre 1751.

– Eugène Ernest est décédé à Lille le 30 janvier 1812 et Théodore François serait décédé à Madrid le 8 avril 1791.

– Gorgonie Désirée est décédée à Frelinghien le 8 octobre 1743.

[3] ms : abréviation de marquise.

[4] Acte de baptême de la paroisse de Frelinghien – Archives départementales du Nord, FRELINGHIEN / BMS [1716-1739]3 E FRELINGHIEN 2, https://archivesdepartementales.lenord.fr/ark:/33518/0vwphgn5ck27/06eec830-d38f-434a-b7d6-dc267836b6bb consulté le 3.09.2024.

[5] FRELINGHIEN / BMS [1761-1791], en mélange 5 Mi 039 R 063Site Web des Archives départementales du Nord, https://archivesdepartementales.lenord.fr/ark:/33518/5fm67l8jngz2/efcc36ba-2863-4bf2-9831-c7a08ee12129

[6] AGATHA, Index alphabétique des actes de sépultures et décès Nederboelare (Geraardsbergen / Grammont) : Sint-Macharius (1653 – 1796), https://agatha.arch.be/data/images/517/517_0901_000_00070_000/0_0022

[7] L’acte de mariage peut être consulté sur le site des Archives départementales du Pas-de-Calais, via le lien https://archivesenligne.pasdecalais.fr/v2/ad62/visualiseur/etat_civil.html?id=391042432

(Référence : 5 MIR 595/2 Moulle B M S N  1771-1888).

[8] AGATHA, Actes de sépultures et décès Mons : Sainte Waudru (1785-1794), https://agatha.arch.be/data/images/524/524_0697_002_01962_000/0_0157

[9] DEVILLERS Léopold et MATTHIEU Ernest, Chartes du Chapitre de Sainte-Waudru de Mons, tome 4, Bruxelles 1913, page 751, n° MMMLXXIX.

[10] https://agatha.arch.be/data/images/541/541_9999_999_606029_000/0_0326   p 321 / 616

AGATHA, Actes de décès Bruxelles / Brussel (1803 – 1805), acte 167 de l’an 12,

[11] C’est au milieu du XIVe siècle que Marguerite de Constantinople réunit en une seule personne la prévôté de Saint-Germain et celle de Sainte-Waudru.  On parle alors des prévôts des églises de Mons.  « Églises de Mons » signifie alors « chapitres » (donc Sainte-Waudru et Saint-Germain).