Le monde contemporain est bousculé par des conflits qui ne manquent pas d’inquiéter. L’équilibre mondial est menacé. Un regard lucide sur tout ce qui se passe aujourd’hui amène à affronter des questions essentielles sur le sens de la vie, sur notre destinée, et aussi sur le sort de l’humanité et de la planète. Où va-t-on ? Qu’est-ce que demain nous réserve ? A quoi, à qui peut-on encore faire confiance ?  Beaucoup sans doute évitent de s’interroger et se contentent de profiter de la vie au jour le jour sans penser plus loin. Il n’est pas rare que nous entendions dire : « On n’a qu’une vie, profitons-en ! »  Pourtant, il faut oser regarder plus loin et affronter les vraies questions de sens.

Quelle est la lumière qui nous guidera pour ne pas sombrer dans le désenchantement et nous aider à regarder vers demain avec sérénité et confiance ? Où trouver la boussole qui permettra les corrections de trajectoires pour que la terre tourne plus juste et que le monde soit plus fraternel ?

Dans le contexte nébuleux de notre actualité, nous devons garder vive en nous cette conviction qu’il nous faut bâtir un monde qui fait le choix de la vie et du bonheur, le choix de la paix et des chances égales offertes à tous.

Chaque année, la fête de la Toussaint nous arrive comme un point de repère lumineux sur nos routes humaines de l’ici-bas trop souvent noyées dans les brouillards de nos soucis quotidiens et de tout ce qui peut nous éprouver. L’évocation des saints et des saintes nous invite à prendre conscience que notre destinée nous mène au-delà de notre horizon terrestre. La sainteté est le chemin de la vie qui ne finit pas.  Et l’Evangile des Béatitudes déclare que cette route conduit au bonheur du Royaume de Dieu.

On n’a pas toujours rendu service à la sainteté en la confinant dans les statues ou des images pieuses. Mais au-delà et au-travers même de ces représentations, il y a la mémoire vivante d’hommes et de femmes qui ont voulu frayer des chemins d’Evangile au coeur même des réalités de leur époque et de leur culture. Ils ont osé prendre tous les risques de l’amour en mettant leurs pas dans ceux du Christ. Leur histoire est devenue une histoire sainte parce qu’on peut y lire les traces de Dieu avec lequel ils ont fait alliance et qui leur a fait goûter un bonheur qui avait déjà la saveur de l’éternité.

À côté des saints dont les noms sont bien connus et vénérés dans l’Eglise et qui ont une fête au calendrier, il y a aussi nos proches qui nous précèdent dans la maison de Dieu : ils ont souvent eu une vie ordinaire mais celle-ci était portée au quotidien par la foi, l’espérance et la charité. C’est notre consolation et notre joie de savoir que des membres de nos familles et des amis qui nous ont quittés nous précèdent auprès de Dieu. Ils nous restent proches tout en reposant dans la paix de Dieu. Ils sont en quelque sorte nos ambassadeurs sur la route qui mène à la sainteté, c’est-à-dire à l’ajustement de plus en plus grand de nos vies au projet de Dieu pour nous.

Notre aujourd’hui nous fait vivre à ce carrefour entre le ciel et la terre, entre le visible et l’invisible, entre l’au-delà et l’ici-bas. Notre vie de chaque jour, c’est l’étape décisive qui fait la vérité sur notre destinée. La sainteté est faite de transparence. Les saints sont un peu comme un vitrail qui laisse passer la lumière du soleil. Nos vies humaines quand elles sont branchées sur la source d’Amour qui est Dieu, elles peuvent devenir porteuses d’une énergie qui nous fait traverser bien des épreuves et nous donne de rayonner d’une lumière qui éclaire et réchauffe. Trop souvent peut-être, nous vivons en oubliant que Dieu est à la source de nos existences et qu’il nous attend au bout du chemin.

Un psaume dit fort bien : « Heureux les hommes dont le Seigneur est la force, des chemins s’ouvrent dans leur cœur » (Ps 83,6). Les saints, qu’ils soient connus ou moins connus, sont ceux et celles qui nous apprennent que s’attacher au Seigneur c’est trouver un chemin de libération, un chemin de croissance qui donne des raisons d’espérer et de vivre, aussi rude que soit parfois le chemin de nos histoires personnelles.

La sainteté n’est pas une affaire réservée à l’au-delà. C’est notre présent qui est le terrain où prend racine notre éternité. C’est en prenant notre vie en main dès maintenant, en étant attentif aux appels de Dieu et aux appels de nos frères et sœurs en humanité, que nous apprenons à devenir les amis de Dieu dans l’éternité de son Royaume.  La grande question de nos existences n’est pas de tant de nous demander « Pourquoi mourir ? ». La question prioritaire qui doit nous animer c’est de nous demander « Pourquoi et pour qui vivre ! » 

L’appel à la sainteté doit être le moteur de nos vies de disciples du Christ. Le Seigneur voit grand pour nous : il nous appelle à œuvrer avec lui pour que son règne vienne sur la terre comme au ciel. Dieu compte sur nous pour bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Il nous donne son Esprit afin que nous travaillions à faire de notre planète une maison commune où chaque être humain peut trouver toute sa place.

La sainteté est en définitive une question de bonheur et il nous faut, aujourd’hui, sauver le vrai bonheur. La sainteté est chemin de vie et c’est l’avenir de l’humanité.

André Minet