Homélie de la messe d’action de grâce du Doyen André Minet, en la collégiale Sainte-Waudru à Mons, dimanche 23 août 2026.
Dans l’Église, les personnes passent mais la mission continue. Les acteurs de la mission se succèdent mais l’Eglise reste toujours appelée à annoncer l’Évangile, à le célébrer et à en vivre au cœur de l’aventure humaine.
Je vous remercie pour ce que nous avons vécu ensemble. Que vous soyez des engagés dans les services de la paroisse ou que vous ayez une présence plus discrète dans nos communautés, confrères prêtres, diacres et laïcs, fidèles réguliers de nos assemblées ou participants occasionnels, j’ai été heureux de faire avec vous un bout de chemin. Votre compagnie bienveillante m’a été précieuse ainsi que le soutien de votre prière.
Je garde la vivante mémoire de tant de choses que nous avons vécues ensemble. Je ne vais pas tout rappeler ici. En tout cas, le doyen de Mons n’est pas que le célébrant de la Descente de la Châsse de sainte Waudru qui inaugure les festivités montoises de la Trinité. Ce fut bien sûr pour moi une expérience forte et mémorable. Mais il y a aussi le quotidien, où j’ai personnellement beaucoup reçu en cheminant avec vous. Au fil du temps, nous nous sommes entraidés à répondre à l’appel du Seigneur qui est à la fois celui qui nous rassemble et celui nous envoie. Je n’oublierai jamais les belles veillées pascales que nous avons vécues chaque année comme une célébration-source. Nos assemblées dominicales avec leurs couleurs spécifiques dans chacun de nos clochers nous ont aussi apportés de bons moments de ressourcement. Et dans ce que nous avons entrepris d’un peu extraordinaire, je retiens la grande aventure œcuménique que nous avons entreprise quand nous nous sommes lancés dans la lecture de la Bible en continu, jour et nuit pendant une semaine. La Parole de Dieu est adressée à toute l’humanité ; nous la recevons comme une lampe sur nos pas ; elle nous appelle à courir le beau risque de la foi.
On entend parfois dire que l’Eglise est en fin de course. Certains la disent essoufflée mais ce n’est pas mon avis, et je sais que plusieurs d’entre vous pensent la même chose. En tout cas, ce que je peux dire, c’est que, dans ma mission de curé-doyen, je n’ai jamais eu l’impression de devoir gérer une société en liquidation. Les prêtres ne sont pas des curateurs de faillite. Ce qui fait vivre les prêtres, c’est d’être comme les accoucheurs de l’Eglise qui se renouvelle en se centrant davantage sur le Christ et sur l’Evangile. Et une telle mission n’est possible qu’avec le concours des autres baptisés dans la diversité de leurs charismes et de leurs vocations. Dans l’Eglise qu’ensemble nous formons, l’Esprit de Dieu n’est pas donné à quelques-uns seulement, il est donné à chacun et chacune en vue du bien de tous. Pour le dire avec des mots de saint Paul, nous sommes appelés à former un seul corps où chaque membre a sa place à tenir et dont le Christ est la tête. Dans l’Eglise, il n’y a pas des grandes et des petites places ; il y a la place unique de chacun et chacune. L’Eglise n’est pas un terrain de compétition mais une école de communion, autour de Jésus qui est toujours à l’œuvre avec nous. Sentons-nous toujours appelés par Jésus et avec lui soyons appelants.
Dieu merci, avec vous, j’ai été le témoin d’une Eglise qui se renouvelle et qui renaît à sa mission dans ce qu’elle a d’essentiel. Le nombre croissant de catéchumènes et de recommençants contribue à donner à notre Eglise locale un visage nouveau, porteur d’espérance. Ce renouveau, ce n’est pas une révolution qui bouscule tout, c’est une renaissance en douceur comme un souffle de printemps au sortir d’un long hiver où tout semblait mourir. Le blé qui lève fait moins de bruit qu’un arbre qui s’écroule. Bien sûr, l’Eglise de notre temps n’a plus l’impact sociologique qu’elle avait hier quand elle était massivement présente partout. C’est vrai qu’elle est devenue minoritaire dans la société. Mais cela n’empêche pas l’Eglise de mettre en œuvre aujourd’hui une dynamique de refondation autour de Jésus qui se fait notre guide sur les chemins parfois bien compliqués de nos vies quotidiennes, dans notre monde bousculé et inquiétant où tant de personnes peinent à trouver des raisons de vivre. Jésus nous appelle à devenir ses compagnons de route et à être avec lui des disciples-missionnaires. Jésus nous invite à nous entraider à être ensemble « sel de la terre » et « lumière du monde ». Chacune et chacun a sa part à apporter pour que le monde tienne bon dans l’espérance à laquelle nous ouvre notre foi.
Nous devons toujours avoir à cœur de nous évangéliser les uns les autres et nous devons toujours garder cette capacité de nous laisser évangéliser par les plus pauvres et les plus petits vers qui nous allons ou qui viennent à nous.
L’Evangile de ce dimanche nous renvoie à ce qui doit nous mettre ensemble. L’Eglise est le lieu où retendit l’interpellation de Jésus qui nous demande : Que dit-on que je suis ? Et pour vous, qui suis-je ? C’est la recherche du Christ qui fait de nous l’Eglise, c’est la découverte de sa proximité dans tout ce que nous vivons qui fait que nous éprouvons que nos communautés d’Eglise sont des lieux-sources où nous portons ensemble les interrogations essentielles sur le sens de la vie, de la souffrance et de la mort.
Jésus nous pose une question incontournable : Pour vous, pour toi, qui suis-je ? Avec une belle spontanéité qui est comme un cri du coeur, l’apôtre Pierre n’hésite pas à répondre à Jésus : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Pierre reconnaît dans la personne de Jésus celui que les prophètes avaient annoncé et que Dieu envoie pour sauver le monde. Au-delà d’une déclaration dans des mots, c’est son attachement à Jésus que Pierre proclame ainsi. Il a découvert en Jésus bien plus qu’un meneur de groupe. Il trouve en Jésus la raison qui justifie de tout quitter pour le suivre et lui faire confiance, même si son message est parfois déroutant.
Et Jésus est touché par ce que Pierre déclare connaître de lui. Pierre a vu juste. C’est un lien personnel très fort qui l’unit à Jésus qui le complimente pour sa réponse : Heureux es-tu ! lui dit-il et il ajoute : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. Voici ce que Jésus veut dire : la belle profession de foi qui anime Pierre, elle ne vient pas de lui-même, elle a été suscitée en lui par Dieu ! C’est cela qui est extraordinaire : nos plus belles professions de foi ne viennent pas de nous-mêmes, c’est Dieu qui nous les inspire. Pierre est loué par Jésus car il a accueilli le don de la foi, il a laissé Dieu lui révéler l’identité profonde de Jésus.
Et c’est en prenant appui sur ce don de Dieu que Jésus va confier à Pierre la charge pastorale de contribuer à la construction de l’Eglise. Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. L’Eglise se construit sur les dons que Dieu nous fait. En chacun et chacune de nous, il y a une pierre sur laquelle le Seigneur veut prendre appui pour bâtir son Eglise. Et c’est dans la mesure où l’Eglise est l’œuvre même du Seigneur que les forces de la mort ne pourront rien contre elle. Les disciples sont les pierres vivantes de l’Eglise mais c’est Jésus qui en est le bâtisseur qui veille sans relâche à faire tenir l’édifice et à lui permettre de traverser le temps.
Et Jésus ajoute encore : Je te donnerai les clés du Royaume. J’aime à voir dans cette formule le mot clés au pluriel. Ne pensons pas qu’il y a une clé unique pour entrer dans l’Eglise et dans le Royaume de Dieu. Les chemins qui y conduisent peuvent varier, ainsi que les portes d’entrée. Mais tous nous y sommes appelés en courant le beau risque de la foi, en nous attachant à Jésus.
Accueillir le don de Dieu nous associe à l’œuvre même de Dieu. C’est ce que Jésus veut exprimer quand il donne à Pierre le pouvoir de lier et de délier. Cela ne veut pas dire que Pierre et les disciples sont tout-puissants. Cela veut dire que le Christ s’engage aux côtés de ceux qui s’attachent à lui. Les disciples de Jésus ne sont pas les successeurs de Jésus mais ses collaborateurs. Jésus est toujours à l’œuvre, cheminant avec nous dans la diversité de ce que nous sommes : prêtres, diacres et laïcs, hommes et femmes, jeunes et adultes, baptisés de longue date ou de la dernière heure. Jésus est présent à chaque étape de l’histoire de l’Eglise comme celui qui inspire et guide son action. Avec nos dons respectifs et malgré nos limites, ayons toujours à cœur de mettre nos pas dans ceux de Jésus qui est passé partout en faisant le bien. C’est Jésus seul qui compte mais il compte aussi sur chacun et chacune de nous afin que son Règne vienne, sur la terre comme au ciel. Ne manquons jamais de lui rendre grâce pour cette grande confiance qu’il nous fait. Qu’il nous aide à construire ensemble un monde plus juste et plus fraternel.
André Minet
Par la grâce de Dieu, prêtre de Jésus-Christ,
curé-doyen de Mons de 2012 à 2026.