Le Christ aurait beau naître mille fois à Bethléem,
s’il ne naît pas dans ton cœur, cela ne sert à rien !  

Angelus Silésius, mystique allemand du 17ème siècle.

Lorsque Dieu décide de révéler son visage, il se manifeste dans la précarité. Jésus est né dans une étable de bergers devenue un abri de nuit pour Marie et Joseph qui, loin de chez eux, n’avaient pas trouvé de place à l’hôtellerie de Bethléem. Les crèches dans nos églises et nos maisons nous le rappellent.

Saisissant paradoxe de Noël ! L’enfant de la crèche, né aux marges, se trouve au centre de l’événement de salut de l’humanité. Dieu s’offre, sans s’imposer, sous les traits d’un enfant à recevoir et à protéger. Dieu ne saurait se réfugier dans les hauteurs des cieux. En Jésus, il vient naître chez nous dans une déconcertante simplicité car il veut être tout à tous, sans oublier ceux et celles qui sont à l’écart. Dieu trouve toute sa joie à se rendre proche. Il est communion et appelle à vivre en communion.

La fête de Noël est un appel prophétique lancé au monde. Notre société peut-elle s’organiser et se construire de façon satisfaisante si elle ne crée pas du lien avec tous et si elle oublie les plus petits ? L’amour de Dieu n’est pas sélectif. Il veut que tous les hommes soient sauvés. C’est pourquoi, en Jésus, il se fait frère de tous. Nul n’est trop loin pour Dieu.

Les chrétiens osent croire qu’avec la naissance de Jésus quelque chose de nouveau commence. Noël n’est pas un conte de fée qui fait s’évader loin des soucis de notre terre. C’est un message d’amour qui nous presse d’y ajuster nos façons de vivre.

Dans une société complexe qui peine à cerner l’essentiel, Noël nous redit que seul l’amour est digne de foi. Dans une société soucieuse d’autonomie au point de vouloir se passer de Dieu, l’amour se propose sous les traits de l’enfant-Dieu qui veut vivre en amitié avec tout être humain. Dans une société tentée de miser sur les plus forts, l’amour se propose dans l’apparente fragilité d’une relation solidaire avec les petits. Dans une société menacée par des conflits qui attisent les inquiétudes, l’amour se manifeste dans une relation de confiance qui invite à se parler et à faire ensemble un bout de chemin.

Le message d’amour de Noël se donne à découvrir dans l’engagement de ceux et celles qui refusent la misère de leurs frères et sœurs en humanité. Il est à l’œuvre dans le service de ceux et celles qui persistent à croire que la justice, le dialogue et le partage peuvent seuls assurer l’avenir et donner saveur à notre vivre-ensemble. Noël est un message qui libère de la peur et qui ouvre à l’espérance d’un avenir meilleur. L’enfant de la crèche nous invite à courir avec lui le beau risque de l’amour bienveillant qui édifie la fraternité.

« Ne craignez pas ! Aujourd’hui, il vous est né un sauveur ! »  L’annonce de l’ange aux bergers dans la campagne de Bethléem nous rejoint dans notre actualité. La vraie joie de Noël, c’est de laisser le Seigneur naître et renaître en nous. La confiance qu’il nous manifeste doit grandir la nôtre. Avec lui, l’espérance d’un renouveau devient possible pour nos vies personnelles mais aussi pour l’Eglise et pour notre terre qui a tant besoin d’un sauveur.

Ouvrir la porte de notre cœur à Jésus qui vient à notre rencontre, voilà ce qui fait jaillir la paix de Noël ! Et c’est un cadeau à partager. Accueillir Dieu qui vient habiter parmi nous nous engage à tracer avec lui des chemins de fraternité.

André Minet

Que la joie et la paix de Noël

illuminent chaque jour de l’année nouvelle !