19 octobre 2025
Cher Emmanuel,
Les jours qui précèdent l’ordination, nous relisons notre vie à la lumière de l’Evangile. L’enfance, l’éducation reçue, la vie de famille et, un beau jour, l’entrée à l’école dont nous sortons avec une qualification. Outre l’activité professionnelle, nous nous souvenons de la première rencontre avec la future épouse, le mariage, la venue des enfants.
La vie comme époux, comme papa change beaucoup de choses. Et puis, un beau jour, vous déménagez à Mons où, progressivement, vous faites connaissance avec des assemblées liturgiques, avant de choisir une communauté.
Tu m’as dit, le 24 septembre dernier, que lorsque tu t’es rendu compte que tu avais reçu le don de la foi, tu as été invité à en faire quelque chose. Suite à des appels venus de l’un ou l’autre, tu es devenu catéchiste pendant près de vingt ans. Accompagner des enfants sur le chemin de la foi est une très belle mission. Ecouter les parents de ces enfants et leur faire goûter des textes bibliques où ils découvrent la Parole de Dieu, à partir desquels ils découvrent également que Dieu est au milieu d’eux dans la vie de tous les jours, tout cela nous fait grandir dans la foi et ouvrir notre cœur à des horizons très larges.
Les rencontres avec les partenaires au travail, habités par des convictions religieuses et philosophiques très diverses, enrichissent notre discernement quand nous cherchons à voir les signes de l’action de Dieu dans la société.
Avec le temps, outre la mission de catéchiste, tu as été appelé pour devenir membre d’un conseil local de pastorale et, en 2020, membre de l’équipe d’animation pastorale.
Tu as laissé développer en toi une réalité qui suppose un dialogue régulier avec le Seigneur, une écoute de sa Parole, le déploiement de la grâce, de la vie d’enfant de Dieu, l’accueil du don de l’Esprit Saint. Ce que nous appelons la vie spirituelle, profondément enracinée dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain, se manifeste entre autres, chez toi, dans le discernement de ce qui, chez l’autre, vient du Seigneur et est appelé à devenir un don pour faire croître dans la foi, dans la vie en Eglise, dans le service du frère.
Un beau jour, tu as eu entre les mains un exemplaire du périodique « Paraboles » sur le diaconat. Tu reconnais, au cours de ton itinéraire, trois étapes dans l’appel à devenir diacre. Certains qui t’en ont parlé sont présents aujourd’hui dans cette assemblée. Après en avoir parlé avec ton épouse, tu t’es lancé à l’eau. En septembre 2021, tu m’as envoyé une lettre. La formation a pu commencer. Tu as eu la possibilité d’en parler avec tes enfants.
Récemment, tu as suivi le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, dans la solitude, avec, parfois, le soir, une rencontre en duo pour partager ce qui a été découvert ou approfondi. Excellente préparation à la célébration de l’ordination, qui nous rappelle que, quelle que soit la mission reçue, nous sommes des disciples du Christ, nous marchons à sa suite jusqu’au mystère de sa Pâque.
Plus récemment encore, avec ton épouse, tu as participé au pèlerinage diocésain à Rome à l’occasion de l’année sainte. Pèlerin d’espérance, en priant auprès des apôtres Pierre et Paul, en communion avec les premiers martyrs de l’Eglise de Rome, en communion avec le pape Léon XIV, tu as pu ressentir la joie de croire aux mystères du salut.
Frères et Sœurs,
En ce dimanche de la mission universelle de l’Eglise, la liturgie de la Parole fait écho à la parabole prononcée par Jésus à destination de ses disciples. Jésus dit qu’il est nécessaire de toujours prier sans se décourager. Un juge dépourvu de justice va rendre justice à une veuve parce qu’elle commence à l’ennuyer, pour que celle-ci ne vienne plus l’assommer. Dieu, dit Jésus, n’est pas comme ce juge. Ceux qui crient vers lui jour et nuit, Dieu ne les fait pas attendre. A Moïse qui tient la main levée pendant le combat de Josué contre les Amalécites, Dieu répond en donnant la force à Israël. Même fatigué, Moïse s’assied sur une pierre, mais il tient la main levée grâce à Aaron et Hour. Tout est mis en œuvre pour que Moïse tienne la main levée, en signe de supplication, d’intercession.
Nous faisons tous l’expérience de la prière dans les moments d’épreuve, dans les moments de discernement avant de prendre des décisions difficiles. Nous avons tous prié lorsque quelqu’un est venu nous annoncer qu’un être proche avait une maladie incurable, ou avait été victime d’un accident mortel.
Nous sommes invités à prier également dans d’autres circonstances et finalement chaque fois que nous sommes comme touchés, anéantis par ce que nous apprenons par les médias, par les multiples sources d’informations. Le visage des enfants en Ukraine, à Gaza, au Kivu ; la souffrance de parents qui, en Belgique, n’ont pas assez de revenus pour vivre dans une maison, assurer une éducation scolaire à leurs enfants, aller chez un médecin pour guérir un enfant, un parent très malade.
Devant l’immensité des défis de notre temps, nous prions pour les responsables de la communauté internationale afin qu’ils découvrent des solutions basées sur la justice et le droit, pour construire la paix.
Combien de fois n’avons-nous pas prié la Vierge Marie, les apôtres, les saints qui nous sont proches pour porter ce que nous avons dans le cœur auprès du Père, qui aime tous ses enfants ?
La mission de l’Eglise est d’annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, de vivre avec eux, en étant pénétrés nous-mêmes du choix que le Fils de Dieu fait des pauvres. Le pape Léon XIV nous dit : C’est précisément pour partager les limites et les fragilités de notre nature humaine qu’Il s’est fait lui-même pauvre, qu’Il est né dans la chair comme nous, que nous l’avons connu dans la petitesse d’un enfant couché dans une mangeoire et dans l’humiliation extrême de la croix, là où Il a partagé notre pauvreté radicale qui est la mort (Dilexi te, 16).
Pour devenir disciples de Jésus, Fils de Dieu, qui s’est fait pauvre, et contempler dans les pauvres le visage de Jésus, nous prions, nous ne cessons pas de prier. Unis à Jésus, qui donne sa vie pour tous, nous devenons, comme Jésus, le serviteur de tous.
Nous remercions le Seigneur de nous envoyer comme évêque, Mgr Frédéric Rossignol, membre d’une congrégation missionnaire, les Pères du Saint-Esprit. Le témoignage de notre évêque sur les réalités pastorales des lieux où il a vécu en plusieurs pays suscitera en nous le désir d’ouvrir de nouveaux chemins à l’Evangile.
Selon l’itinéraire personnel, propre à chacun de nous, nous nous souvenons du moment où, tout à fait conscients, nous avons prié pour la première fois, avec les paroles que Jésus a données à ses disciples. Nous avons été initiés à la prière en voyant le témoignage de priants, qui nous aimaient bien, et en lisant la Bible. Nous avons appris, un jour, que l’Esprit de Dieu murmurait sans cesse dans notre cœur le nom de Dieu comme Père. Il suffit de prendre des dispositions pour l’écouter et nous unir à sa prière. Comme le dit le Psaume 83,6 : Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s’ouvrent dans leur cœur.
La finale de l’évangile proclamé ce jour est une question : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Il ne s’agit pas de la connaissance du contenu de la foi chrétienne ; il s’agit de l’écoute de la Parole de Dieu, de la réponse à un appel à suivre Jésus comme disciples, de nous laisser guider par l’Esprit de Dieu, qui prie en nous.
La question que pose Jésus est une vraie question, qui retentit au milieu de nous, le jour d’une ordination. Cette question est éclairée par l’ensemble des Ecritures, où nous cherchons la Parole de Dieu, en communion avec toute l’Eglise. Avec Timothée, nous écoutons ce que l’apôtre Paul nous dit : Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Ecritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Ecriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien.
Après l’imposition des mains et la prière d’ordination, je te confierai, Emmanuel, l’Evangéliaire, en disant : Reçois l’Evangile du Christ, que tu as la mission d’annoncer. Sois attentif à croire à la Parole que tu liras, à enseigner ce que tu as cru, à vivre ce que tu auras enseigné.
Quand, dans tes rencontres avec quantité de chercheurs de Dieu, catéchumènes ou autres, tu prendras la mesure de la découverte du Seigneur, tu diras avec Marie aux serviteurs des noces de Cana : Tout ce que vous dira Jésus, faites-le.
Quelle belle mission que d’annoncer l’Evangile, en communion avec Marie et tous les saints du ciel et de la terre !
+ Guy Harpigny,
Administrateur apostolique de Tournai