
Et toi, fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël.
Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part.Ezéchiel 33,7
Serviteur de l’Évangile
L’Évangile est tout à la fois la source et le cœur de la mission d’un évêque. La charge fondamentale d’un évêque, c’est de tenir l’Église dans le souffle de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ reçue des apôtres. L’autorité sous laquelle les évêques sont ordonnés est celle de la Parole de Dieu. La liturgie de l’ordination épiscopale le souligne d’une manière très symbolique dans le geste qui accompagne la grande prière d’ordination : celle-ci est prononcée tandis que le livre des Évangiles est tenu ouvert au-dessus de celui qui devient évêque. Par le don de l’Esprit Saint, les évêques prennent part à la mission des Apôtres de tenir l’Église greffée sur la personne du Christ et sur l’Évangile à porter au monde, à temps et à contretemps.

Pendant la prière d’ordination épiscopale,
le livre des Évangiles est tenu ouvert
au-dessus de la tête de celui qui est ordonné.
Un ministère de veilleur au sein du peuple de Dieu
Au sein d’une Église locale (un diocèse), l’évêque est au poste de veilleur. Le mot « évêque » vient du grec episcopos, il signifie « celui qui veille sur ». L’évêque veille pour que l’Église existe toujours comme réponse à un appel du Seigneur et pour qu’elle garde son élan missionnaire dans le souffle de l’Esprit Saint. Bien plus qu’un surveillant jouant le rôle d’arbitre, l’évêque est établi au service d’un diocèse tel un guetteur qui attend l’aurore et qui ne redoute pas les frayeurs de la nuit (Ps 129). C’est en ce sens que l’évêque est gardien de la foi et de l’espérance dans le Christ. Veilleur attentif pour ceux et celles qui lui sont confiés, l’évêque est aussi un éveilleur : il appelle en vue de la mission, il discerne les besoins et répartit les différentes tâches pour que l’Église du Christ s’édifie dans la diversité et la complémentarité des vocations.
Cette responsabilité ne fait pas de l’évêque celui qui est maître. Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères, dit Jésus (Mt 23,9). Celui qui a la charge épiscopale reste fondamentalement un frère parmi les frères et sœurs, même s’il a le rôle de premier responsable. La mission d’un évêque s’accomplit sous le signe du service au sein du peuple de Dieu. Saint Augustin l’avait bien compris quand il disait à ses diocésains : Si ce que je suis pour vous m’épouvante, ce que je suis avec vous me rassure. Pour vous je suis l’évêque ; avec vous je suis chrétien. Évêque, c’est le titre d’une charge qu’on assume ; chrétien, c’est le nom de la grâce. Titre périlleux, nom salutaire (texte cité par le Concile Vatican II, LG 32).
La charge pastorale de présider à la communion
Partenaire de la mission avec l’ensemble des baptisés, l’évêque assure le service de présider à la communion. Il a charge de rassembler et de guider la portion d’Église qui lui est confiée pour qu’elle se construise comme le signe vivant du Royaume de Dieu sur le terrain concret du diocèse.
C’est l’image du pasteur qui illustre le mieux cet aspect de la mission épiscopale. La crosse de l’évêque évoque le bâton du berger. Comme un pasteur partage au jour le jour l’histoire de son troupeau en prenant soin de chacune de ses brebis sans délaisser les plus faibles, l’évêque ne tient sa place qu’en étroite proximité avec son diocèse : il doit connaître les siens avec leurs richesses et leurs pauvretés ; il doit connaître aussi le terrain de leur vie avec ses zones accidentées et ses coins verdoyants. Comme un berger qui ne se contente pas d’être sans plus avec ses brebis mais qui est préoccupé de les guider là où sont les bons pâturages, l’évêque a le souci d’indiquer la direction dans laquelle il faut cheminer en Église pour trouver la vie en abondance que donne le Christ, l’Unique Pasteur qui appelle à avoir aussi une sollicitude missionnaire pour les brebis qui sont loin du bercail (Jn 10,10.16).
L’évêque a le souci de garder le peuple qui lui est confié dans une dynamique synodale où chacun trouve sa place. C’est essentiel car l’Église, c’est l’affaire de tous. À travers un projet pastoral, l’évêque tient l’Église diocésaine en marche. Il la rassemble, la guide et l’envoie au nom du Christ pour peindre le monde aux couleurs de l’Évangile. Pour mener à bien l’animation pastorale de tout son diocèse, l’évêque fait appel à des collaborateurs : les prêtres d’abord, les diacres et aussi des laïcs hommes et femmes qui reçoivent une lettre de mission. Mais c’est, bien sûr, grâce à l’engagement de tous les baptisés que l’Église répond à sa vocation d’être « sel de la terre et lumière du monde » (Mt 5,13-14).
Assurer le lien avec l’Église de toujours et de partout
Personne-ressource au sein de son diocèse, en ce sens qu’il est signe du Christ Unique Pasteur sans qui l’Église ne tiendrait pas, l’évêque assure aussi le service de l’apostolicité. Son ministère pastoral témoigne de la fidélité à l’Église des Apôtres. Il établit le lien avec l’Église de toujours et de partout. Il doit veiller à ce qu’aucune communauté d’Église ne se referme sur elle-même mais vive dans le dynamisme missionnaire et la tradition vivante reçue des Apôtres. Si lors de l’ordination d’un nouvel évêque, la présence d’autres évêques est requise, c’est plus qu’une question de solennité : ces évêques attestent que le ministère épiscopal est exercé au nom de la foi apostolique. Chaque évêque vit son ministère dans la collégialité avec les évêques des autres Églises locales et en particulier avec l’évêque de Rome, le pape.
André Minet