Carton d’invirtation aux célébrations pour le repos de Catherine Rose Delanier

En 1815, Jean François Joseph Desquesnes invitait, par carton (90 × 57 mm), aux diverses cérémonies liées au décès de sa mère, Catherine Rose Delanier.

On apprend ainsi qu’elle est décédée le 8 avril 1815, qu’elle était alors veuve de Maximilien-Henri Desquesnes, qu’au moment de son décès elle était administrée des sacrements.

Son enterrement est organisé le 10 avril à 10h30 ; les Vigiles sont organisées le 12 à 14h30 ; un service est prévu le 13 à 10h30 de même qu’un Salut à 17h00 ; le 11 et les jours suivants des messes de passion sont organisées en la chapelle paroissiale à 11h00 ; le tout se déroulant en l’église de Sainte-Waudru.

Catherine Rose Delanier était née, à Mons, le 10 novembre 1735 et avait été baptisée le même jour en la collégiale Saint-Germain. Elle avait épousé Maximilien Henri Desquesnes le 18 avril 1768 en la collégiale Sainte-Waudru, les nouveaux époux étant chacun « paroissien de Sainte-Waudru ».

Maximilien-Henri Desquesnes était né à Ollignies (Lessines) le 12 décembre 1735. Il avait une sœur jumelle prénommée : « Maximilienne Henriette[i] » ! Les jumeaux, lors du baptême célébré le 11 mai 1736 en l’église Sainte Agathe de Ollignies, avaient reçu les mêmes parrain et marraine : le comte et la comtesse d’Arberg.

Maximilien-Henri Desquesnes est décédé le 23 février 1806 à Mons. Les époux Desquesnes – Delanier sont tous les deux décédés en leur domicile de la rue des Cinq Visages à Mons. Domicile que leur fils, Jean François Joseph, dernier enfant survivant à ses parents, occupera jusqu’à son décès.

Le couple a eu 6 enfants. Deux seulement ont atteint l’âge adulte, les quatre autres sont décédés en bas âge selon ce qui est écrit dans une notice consacré à Isabelle Françoise Desquesnes[ii], religieuse Ursulines. Pour deux des enfants morts en bas-âge, la date de décès est retrouvée ; pour les deux autres la date et le lieu de décès restent encore à découvrir.

Ainsi, sont nés de l’union de Maximilien-Henri Desquesnes et de Catherine-Rose Delanier :

  • Isabelle Françoise, né à Mons et y baptisée (Saint-Germain) le 24 janvier 1769; décédée à Mons religieuse Ursulines le 30 avril 1835.
  • Marie Thérèse Philippine, né à Mons et y baptisée (Saint-Germain), le 16 janvier 1770; inhumée en la collégiale Sainte-Waudru le 23 septembre 1770.
  • Marie Philippine Joseph, né à Mons le 3 septembre 1771 et y baptisée (Saint-Germain) le lendemain ; probablement morte en bas-âge.
  • Philippe Denis Joseph, né à Mons le 26 mars 1773 et y baptisé (Saint-Germain) le lendemain ; inhumé en la collégiale Sainte-Waudru le 27 octobre 1777.
  • Jean François Joseph, né à Mons et y baptisé (Saint-Germain) le 19 novembre 1775; décédé à Mons le 1er décembre 1853.
  • Maximilien Jean Baptiste, né à Mons le 6 juin 1779 et y baptisé (Saint-Germain) le lendemain ; probablement mort en bas-âge.

Dans les actes de baptême de ses enfants[iii], Maximilien-Henri Desquesnes est présenté comme « Avocat gradué au Conseil Souverain d’Hainaut » ou « Avocat à la Cour à Mons » ou encore « Avocat gradué » ; Pour les deux derniers enfants, une mention supplémentaire, probablement à la suite d’une « promotion », est ajoutée : « Greffier du Chapitre de Ste Waudru » pour Jean François Joseph et « greffier du Chapitre Royal de Ste Waudru » pour Maximilien Jean Baptiste.

La famille Desquesnes avait donc un lien fort avec le chapitre de Sainte-Waudru ; lien que Jean François Joseph[iv] a maintenu avec la collégiale Sainte-Waudru une fois devenu prêtre.

Les deux enfants ayant atteint l’âge adulte sont entrés en religion et n’ont, de ce fait, pas eu de descendance. Isabelle Françoise est entrée au couvent des Ursulines à Mons dont elle deviendra la supérieure. Jean François Joseph est devenu prêtre et fut honoré du titre de chanoine honoraire de la cathédrale de Tournai.

L’acte de baptême de Jean François Joseph est ainsi rédigé :

$« Le dix neuf novembre mil sept cent soixante quinze a été par le soussigné baptisé Jean François Joseph , né le même jour à une heure la nuit, fils légitime de M. Maximilien Henri Desquesnes Avocat Gradué au Conseil Souverain d’Hainaut, Greffier du Chapitre de Ste Waudru, et de Delle Catherine Rose Delanier, parrain Mr Jean François Antoine Delanier[v] avocat audit Conseil, marraine Delle Isabelle Françoise Desquesnes[vi].

(sé) M. Desquesnes  A J Delanier N.J. Matthieu chap de st Germ

La marraine n’a signé pour être trop jeune »[vii].

Jean François Joseph Desquesnes est décédé à Mons le 1er décembre 1853, c’est-à-dire trois mois et demi après le décès de la dernière chanoinesse en résidence à Mons (Henriette Bernardine Joseph de Spangen décédée le 15 août 1853).

Son acte de décès est conservé dans les archives de la Ville de Mons déposée aux Archives de l’État à Mons :

« L’an mil huit cent cinquante trois, le quatre du mois de décembre à onze heures du matin pardevant nous Charles Fontaine de Fromentel, Échevin de la Ville de Mons, province de Hainaut, chevalier des ordres de Léopold et de la Légion d’Honneur, délégué par résolution du Collège des Bourgmestre et Échevins à l’effet d’intervenir dans les actes de l’état civil sont [comparus[viii]] Gustave Lescarts, âgé de quarante ans Avocat et Léopold Dumont, âgé de vingt-deux ans, employé, domiciliés en cette ville, voisins du défunt, Lesquels nous ont déclaré que Jean François Joseph Desquesnes, âgé de soixante dix huit ans, prêtre chanoine honoraire de la cathédrale de Tournai, né et domicilié en cette ville, fils de Maximilien Henri Desquesnes Avocat gradué et de Catherine Rose Delanier est décédé le premier de ce mois à huit heures du soir dans sa maison rue des cinq visages. Et ont les comparants signé avec nous le présent acte, après qu’il leur en a été fait lecture.

(sé) G Lescarts L Dumont  Fontaine de Fromentel »[ix].

Dans l’acte de décès, plus aucune mention du rôle de greffier du chapitre de Sainte-Waudru tenu par son père n’est indiquée !

Souvenir pieux de Jean-François-Joseph DESQUIESNES – verso

Son souvenir mortuaire ( 70 × 110 mm) résume la vie du chanoine en 8 lignes :

 

« SOUVENIR PIEUX.

Souvenir pieux de Jean-François-Joseph DESQUIESNES – recto

Il a plu à Dieu d’appeler à lui

M.tre Jean-François-Jospeh

DESQUESNES,

Prêtre et Chanoine honoraire

de la Cathédrale de Tournai,

décédé à Mons, le 1.er décembre 1853,

âgé de 78 ans,

administré des sacrements.

Priez pour le repos de son âme.

R.I.P. »

A la suite du décès du chanoine Desquesnes, le Moniteur belge (numéros 146-147 des vendredi 26 et samedi 27 mai 1854, p. 1641) publiera un arrêté royal (daté du 24 mai 1854) qui permettra à la Fabrique de Sainte-Waudru à Mons de recevoir un legs[x] du chanoine Desquesnes constitué de terrains situés à Boussu et Hornu (superficie : 7 ha 12 a70 ca) ; à Maurage (superficie : 6 ha 83 a 50 ca) ; à Sars-la-Bruyère (superficie 1 ha 45 a 20 ca). L’arrêté royal donne la numérotation cadastrale de toutes les parcelles faisant l’objet du legs ainsi que le revenu imposable y lié.

La Fabrique, en contrepartie du legs s’engage à :

« A. De faire célébrer à perpétuité dans ladite église à l’autel privilégié pour tous les jours et pour tous les fidèles une messe basse quotidienne pour le testateur, sa famille et ses bienfaiteurs avec l’application de l’indulgence et le De profundis, à la rétribution de 2 fr. 75 c., laquelle messe aura lieu à une demi-heure avant l’heure du commencement de la journée des ouvriers ; et les dimanches et les fêtes elle sera célébrée à l’autel où se distribue la communion ;

  1. De fonder, dans la même église, deux messes basses annuellement avec le De profundis, à la rétribution de 3 fr. chacune, pour le sieur Delanier, grand-père maternel du testateur[xi], l’une à l’autel de Notre-Dame de Tongre, et l’autre à celui de Saint-Claude dit de Saint-Nicolas, voulant qu’une somme de 6 fr. soit annuellement employée à l’entretien de chacun de ces autels ;
  2. De faire exonérer à perpétuité, audit autel de Notre-Dame de Tongre, une messe chantée de première classe, à 9 heures, avec salut, le 21 novembre de chaque année, et 15 autres messes annuellement à la rétribution de 2 fr. 50 c. ;
  3. De fournir le luminaire pour le lustre placé dans le chœur de ladite église de Sainte-Waudru, aux jours et aux offices indiqués dans ledit testament et enfin d’entretenir ce lustre conformément aux volontés du défunt. »

Le 9 août 2026, M. Pierre Dufour, président honoraire de la Fabrique de Sainte-Waudru, nous a fait parvenir quelques informations reprises dans l’obituaire[xii] de Sainte-Waudru.

Obituaire de Sainte-Waudru, sous le N° 65 :

 

Chanoine Desquesnes Terres:

Boussu (2ha36a70)

Hornu (39a20)

Maurage (5ha81a10)[xiii]

Sars la Bruyère (1ha45a20)

 

1mb par jour + 2mb par an + 1gd messe et salut + 15mb/

 

1978: 193mb par an + 2mb en 5ans

Les terrains donnés par le chanoine Desquesnes semblent donc toujours en partie dans le patrimoine de la Fabrique de Sainte-Waudru. Au fil du temps, certains terrains (à Boussu, Hornu et Maurage) ont été vendus ou échangés par la Fabrique selon des règles précises comme des fondations y sont attachées. On constate également une révision de l’obituaire en 1978.

À la fin de l’année 1854, une recherche d’éventuels héritiers, du côté maternel, sera lancée via le Moniteur belge (numéro 326 du mercredi 22 novembre 1854, p. 3914). Dans cet appel, le père de Jean François Joseph Desquesnes est présenté comme : « en son temps greffier du chapitre à Mons ».

Mais revenons au décès de Catherine Rose Delanier ! Le carton envoyé en 1815 à l’occasion de son décès par Jean François Joseph Desquesnes nous offre de nombreuses précisions sur les cérémonies religieuses liées au temps du décès, surtout dans des familles aisées.

Ainsi, l’enterrement a eu lieu le deuxième jour après le décès. L’enterrement concerne « juste » le corps et l’inhumation peut être rapidement organisée après le décès. Elle peut se faire en petit comité. Dans le cas de Catherine Rose Delanier, l’inhumation est prévue le 10 avril 1815 à 10h30, soit immédiatement après la déclaration du décès à l’État-Civil datée du 10 à 8h00.

Puis, une cérémonie des Vigiles était organisée. Il s’agit probablement de l’Office des Morts (office liturgique) qui précède, dans le cas de Mme Delanier, le Service solennel. Les Vigiles ne sont pas forcément organisées avant l’enterrement et ne sont donc pas directement liées à la présence du corps du défunt.

Le lendemain, c’est un service qui était organisé au matin, suivi dans l’après-midi d’un Salut. Le Service est une messe solennelle chantée pour l’âme du défunt. La cérémonie est postérieure à l’inhumation, ce qui permet, peut-être, de réunir un plus grand nombre de personne pour prier pour le défunt. Le Salut est une cérémonie qui se déroule en présence du Saint-Sacrement et se termine par une bénédiction.

Les cérémonies se terminaient par des messes de passion célébrées dans la chapelle paroissiale (c’est-à-dire la chapelle 28 de la collégiale). Les messes de passion sont des messes offertes pour le repos de l’âme du défunt.  Il peut y en avoir un certain nombre en fonction des moyens dont la famille dispose pour les faire célébrer.

On peut raisonnablement penser que, à l’exception des messes de passion qui sont bien localisées dans la collégiale, les autres cérémonies avaient lieu dans le chœur de la collégiale.

Le faire-part de décès avec la suite des cérémonies organisées constitue donc un beau « témoin » de la manière dont on entourait les défunts au début du XIXe siècle.

Quant à l’image-souvenir de Jean François Jospeh Desquesnes, elle permet de se souvenir d’un prêtre qui a commencé son existence dans la paroisse Sainte-Waudru du temps du Chapitre et qui est décédé 78 ans, dans sa maison de la rue des cinq visages, à l’ombre de la collégiale Sainte-Waudru.

Benoît Van Caenegem

Conservateur de la collégiale Sainte-Waudru et de son Trésor

[i] Elle épouse à Ollignies, le 13 octobre 1767, Jean-Baptiste Haubourdin. Elle meurt à Enghien le 2 mars 1783 (elle est inhumée à Ollignies).

[ii] PARENTY (abbé), Notice biographique sur la mère Isabelle Desquesnes dans Histoire de sainte Angèle, fondatrice de l’Ordre de Ste.-Ursule, suivie de notices historiques et biographiques sur les communautés d’Ursulines du nord de la France et de la Belgique, Arras, 1842, pp. 404-406. En ce qui concerne les décès en bas âge, voir la page 404 : « Dieu bénit l’union de ces pieux époux en leur donnant plusieurs enfants. Mais il éprouva leur tendresse en permettant qu’ils mourussent la plupart en bas âge. Deux seulement survécurent, et l’un et l’autre se consacrèrent à Dieu ».

[iii] Les baptêmes sont tous actés dans les registres de la paroisse Saint-Germain bien que les enfants soient nés dans la paroisse Sainte-Waudru. Sainte-Waudru étant une paroisse personnelle ne possédait pas de fonts baptismaux.

[iv] Selon Léopold Devillers, Mémoire historique et descriptif sur l’église de Sainte-Waudru, à Mons, Mons, 1857, p.76, l’abbé Desquesnes aurait sauvé le parquet de la chapelle de Notre-Dame de Tongre lors des actes de vandalisme de la fin du XVIIIe siècle. Ce parquet aurait été replacé en 1802 dans la chapelle.

[v] Né vers 1705. Marié avec Thérèse Debay, à Mons (Saint-Germain), le 15 septembre 1733. Décédé à Mons (paroissien de Sainte-Waudru), le 7 décembre 1784. Père de Catherine Rose Delanier et donc grand-père de Jean François Joseph.

[vi] Il s’agit de sa sœur aînée née en 1769.

[vii] AGATHA, Actes de baptêmes Mons: Saint Germain (1773 – 1777), p. 148/243, via le lien : https://agatha.arch.be/fr/data/images/524/524_0697_002_01769_000/0_0293

[viii] Le mot « comparus » figure bien dans tous les actes de décès mais a été omis dans celui de Jean François Joseph Desquesnes.

[ix] AGATHA, Actes de décès Mons (1852 – 1856), p. 382/1215, via le lien https://agatha.arch.be/fr/data/images/524/524_9999_999_1446775_000/0_0387

[x] « Selon testament olographe, en date du 13 septembre 1844, déposé en l’étude de feu le notaire Plétain » (texte de l’arrête royal du 24 mai 1854 paru dans le Moniteur belge des vendredi 26 et samedi 27 mai 1854, p. 1641). Notons que le notaire Plétain était également le notaire qui a reçu le testament de la dernière chanoinesse en résidence à Mons, Henriette Bernardine Joseph de Spangen.

[xi] Voir note 4.

[xii] Un obituaire, dans une Fabrique d’église, est un registre dans lequel se trouve une liste de défunts qui ont fait des donations (biens mobiliers ou immobiliers qui génèrent des revenus) en échange d’engagements pris par la Fabrique (par exemple, des messes à célébrer à perpétuité à telle ou telle occasion, payées via les revenus des fondations).

[xiii] Par courriel du 9 août 2026, M. Pierre Dufour, président honoraire de la Fabrique de Sainte-Waudru, signale que le terrain de Maurage a été vendu.