Monsieur le Bourgmestre, Monsieur le Président de la Fabrique d’église de la collégiale, et vous tous ici présents, je vous remercie de tout cœur pour votre accueil chaleureux.

Ma première pensée va à mes parents –aujourd’hui au Ciel- et qui, installés à Mons à leur mariage, m’ont conduit dans cette église, 15 jours après ma naissance, pour que je sois plongé dans la mort et la résurrection du Christ en recevant le sacrement de baptême. C’est ici, dans ce quartier de la collégiale et au pied du beffroi, que tout a commencé pour moi, dans ma croissance humaine et chrétienne. A l’âge de 7 ans, avec ma sœur nous sommes devenus paroissiens de St-Nicolas. A l’époque, changer de quartier, c’était changer aussi de paroisse, de curé, de catéchiste, de chorale, etc… Je suis né un mardi de Ducasse, et ceci explique peut-être que, comme bien d’autres montois, je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit…

Une fois devenu prêtre, en 1990, et tout en revenant régulièrement à Mons, en famille et bien sûr au Doudou, j’ai eu la chance de vivre 9 ans en dehors du Hainaut et du diocèse de Tournai : à Rome (études), puis en Allemagne (service militaire oblige) et 6 ans à Louvain-la-Neuve, où j’ai véritablement commencé à exercer mon ministère, pour les habitants et étudiants de la ville la plus récente de Belgique ; cette ville était à l’époque un laboratoire en soi, à bien des égards. Etre de quelque part, et s’ouvrir à l’universel… J’ai toujours ressenti que, pour trouver un équilibre qui nous fasse grandir, il nous faut des «racines et des ailes », pour reprendre le beau titre d’une émission de télévision.

De 1999 à 2009, je suis –à ma surprise- revenu à Mons pour devenir le curé de 14 villages du Grand Mons, villages qu’au départ – je vous l’avoue – je connaissais à peine. C’est là que j’ai appris à être « curé », c-à-d le prêtre que l’évêque envoie pour être le premier pasteur d’une communauté catholique locale, et chargé de proposer l’Evangile à la population d’un territoire donné. Depuis 2009 jusqu’à cet été, je fus appelé à collaborer presqu’exclusivement à la mission de l’évêque en étant l’un de ses adjoints ou vicaire, en m’investissant aussi à l’abbaye de Bonne-Espérance et dans la vie du Grand Séminaire de Tournai. Le dimanche, je sillonnais également les clochers de l’unité pastorale de Binche-Estinnes.

Me voici donc –nouvelle surprise !– revenu à Mons… Depuis que je loge et commence à travailler ici à côté, à la rue du Chapitre, ce qui me surprend le plus, c’est que dès que je sors du presbytère, la moitié des gens que je croise en rue parle une autre langue que le français… Il y a bien sûr des touristes, mais aussi des étudiants, et des familles ! Si la ville de Mons est devenue, au fil des ans, de plus en plus belle, elle n’est assurément plus du tout le « p’tit trau d’ville » de mon enfance ! Cette internationalisation de notre population se généralise d’ailleurs un peu partout, jusque dans nos campagnes. Le Borinage est habitué depuis longtemps à cette évolution. Cela reste un défi, pour tous les citoyens que nous sommes.

J’y vois un premier appel, pour la mission nouvelle qui m’est confiée avec vous : celle de devenir chaque jour davantage «catholique » au sens littéral du terme, c’est-à-dire « universel ». Nous ouvrir à l’autre, c’est essentiel et c’est un devoir au nom de l’Evangile. Je me réjouis que nos communautés catholiques vivent déjà très souvent cette ouverture –il suffit de voir beaucoup de nos assemblées du dimanche- et mes confrères prêtres venus d’ailleurs en sont des acteurs essentiels. Pour ce qui est de Mons, j’estime primordial d’encourager l’aumônerie des étudiants, qu’ils soient d’origine belge ou étrangère, pour accueillir et accompagner tous ceux qui cherchent à vivre du Christ et de son Evangile, en même temps qu’ils acquièrent de futures compétences professionnelles. Je remercie l’abbé Paul Scolas de son investissement dans l’aumônerie des étudiants –dénommée Kairos, le « moment favorable »- et avec l’abbé Xavier Nys qui va rejoindre l’équipe des prêtres de Mons, nous prendrons peu à peu le relais. Des liens existent aussi déjà avec celles et ceux qui s’engagent dans l’accueil et l’accompagnement des personnes de tout âge qui veulent approfondir la foi chrétienne ou la découvrir dans le cheminement du catéchuménat.

Mon prédécesseur l’abbé André Minet disait récemment qu’il n’a pas du tout eu l’impression d’être au service d’une Eglise catholique en déclin… Certes, il y a des lieux qui sont des viviers, et d’autres qui se meurent. Avec mes confrères prêtres et les laïcs engagés dans les 9 unités pastorales de Mons-Borinage, nous ressentons fréquemment cette tension entre un modèle de vie en Eglise qu’on quitte, et un autre qui est en train de naître.

Pour vivre le plus sereinement possible cette évolution, il est utile de connaître un peu l’histoire  –et l’on constate que les structures paroissiales n’ont jamais cessé d’évoluer selon les nécessités des époques, la dernière en date étant le changement  en 2020 des doyennés de notre diocèse, passant de 35 à 7. En même temps, il est indispensable d’avoir une juste compréhension de l’Eglise, que Jésus a voulue non pas comme un quadrillage de territoire, mais comme une communauté de disciples qui vit et rayonne de l’Evangile. Comme le font les arbres, il ne faut pas craindre de perdre de temps à autre une branche, pourvu que l’on soigne les racines et que les branches nouvelles ou qui restent trouvent la lumière ! Le pape François aimait parler de la « plasticité » indispensable de nos paroisses, faites d’abord pour que grandisse la vie chrétienne et que l’Eglise soit un partenaire crédible d’une vie en société solidaire et fraternelle. Je suis conscient que comme curé à Mons, et comme doyen pour encourager les autres curés de Mons-Borinage et les fabriques d’église de la septantaine de clochers que compte notre région, j’aurai à m’investir en bonne concertation avec le vicaire général, les services de l’évêché, les responsables locaux des Unités pastorales et les autorités communales pour réfléchir et avancer dans ce chantier délicat, complexe, mais nécessaire. C’est le 2e appel que je pressens.

J’entrevois un 3e appel. En 2013, l’Eglise catholique en Hainaut a vécu un synode diocésain, impliquant des centaines de chrétiens, pour mieux chercher comment vivre une Eglise qui soit « sacrement du Christ, c-à-d signe et moyen d’une union plus intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Concile Vatican II, Lumen Gentium). Affermir notre union intime avec Dieu, nourrir de façon solide sa foi chrétienne, en fidélité avec la Tradition vivante de l’Eglise catholique et dans l’écoute constructive des courants d’idées de notre époque, voilà qui m’apparaît encore comme particulièrement important. Très souvent des chrétiens me font part de cette attente d’être « nourri ».  C’est bien sûr d’abord à chacun de trouver à s’alimenter spirituellement à bonne source, et les moyens ne manquent pas. Mais c’est une reponsabilité des pasteurs : être au service pastoral du peuple de Dieu, c’est faire de nos célébrations d’authentiques moments d’où l’on sort fortifiés, ressourcés ;  c’est enseigner, conseiller, accompagner, échanger ensemble. Cela implique pour les prêtres, les diacres, les animatrices en pastorale de notre Doyenné de Mons-Borinage de cultiver leur propre formation intellectuelle et leur vie spirituelle personnelle. Nous sommes, dans notre doyenné de Mons-Borinage, 24 prêtres en service pastoral, 8 diacres, 10 animatrices en pastorale. Ce n’est pas beaucoup. Nous aurons à nous soutenir les uns les autres et à travailler ensemble pour nourrir notre propre foi et la foi de toutes celles et ceux qui s’adressent à nous et nous font part de leur attente légitime.

Je termine en rappelant une chose : l’Eglise, c’est nous tous, les baptisés. Notre vocation chrétienne nous appelle à incarner l’Evangile dans nos milieux de vie, de travail, et aussi –si nous le pouvons- dans l’un ou l’autre service explicite de la mission de l’Eglise. Beaucoup le font, et je les remercie pour leur engagement très précieux au service de tous. L’énorme majorité le fait à titre entièrement bénévole, et on sait que le bénévolat est actuellement en crise, dans bien des domaines de la vie associative et civile. Dans le Nouveau Testament, on lit cette phrase : « il y plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). J’ajouterais que cela dépend aussi de l’enthousiasme que l’on éprouve au sujet de la cause à laquelle on se consacre, surtout quand on le fait ensemble. Et je prends un exemple : notre Ducasse de Mons ! Rien ne se passerait de notre Ducasse rituelle sans des tonnes et des tonnes d’énergies bénévoles. Pour ne parler que de ce que je connais un peu de l’intérieur : le comité de la procession du Car d’or, composé entièrement de bénévoles, qui s’investissent de manière qu’on peut qualifier de professionnelle, pour offrir chaque année à Sainte Waudru, aux montois et à leurs chambourlettes une procession parmi les plus belles d’Europe. Je salue au passage les acteurs du Combat, tout aussi essentiel pour le montois resté un peu païen que je suis ! Et bien je me dis : si grandit en vous votre enthousiasme pour le Christ, avec d’autres, n’ayez pas peur d’offrir telle ou telle de vos compétences pour le service de la communauté chrétienne et des plus fragiles de notre société. Avec l’Equipe d’animation pastorale –qui a déjà entamé une réflexion à ce sujet au printemps dernier–, nous vous proposerons dans les mois qui viennent une opération d’offres et de demandes de service, pour former plus que jamais une communauté catholique heureuse de célébrer sa foi et d’en vivre.

Tournons-nous maintenant vers Ste Waudru qui nous a précédés sur ce chemin, et prions-la.

Abbé Jean-Pierre Lorette,
dimanche 13 septembre 2026.